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Ethiopie : un musée pour préserver la culture Konso


communiqué AFP/Le Parisien reçu le 31 décembre 2009 "Des femmes sautillent dans leurs jupes bouffantes en coton orange, remuant les épaules pour provoquer les hommes, qui ne tardent pas à rejoindre la danse, plume blanche dans les cheveux et canne de berger à la main. Cette danse tribale rend hommage aux héros de la petite ethnie Konso, installée depuis 700 ans dans une région reculée du sud-ouest de l’Ethiopie, à plus de 12 heures de mauvaise route d’Addis Abeba. La fête était organisée pour célébrer l’inauguration, le 18 décembre, d’un musée local consacré à leur culture et qui contribuera surtout à la préservation des Waka, des stèles funéraires de bois sculpté, placées sur les tombes des chefs de clans Konso. Ces pièces rares ont été longtemps la proie facile des trafiquants et des pilleurs de tombes sans scrupules pour être vendues à l’étranger pour quelques milliers d’euros. Les douanes éthiopiennes ont réussi depuis 1996 à saisir plus de 200 de ces statues, souvent de la taille d’un homme. Mais aucun système de conservation n’avait été mis en place jusqu’à ce qu’un ambassadeur de France passe dans la région. "Ca s’est fait par hasard, je revenais avec des collègues d’un site paléontologique", raconte Stéphane Gompertz, ancien ambassadeur en Ethiopie et actuellement directeur Afrique au Quai d’Orsay. "Nous avons visité des villages Konso et là, on nous a fait voir le local du bureau culturel et du commissariat où étaient entreposés les Waka volés sur les tombes et récupérés par les douanes". "Les responsables Konso nous ont demandé si nous pouvions les aider à construire un musée pour protéger ces statues", ajoute-t-il, soulignant l’aide apportée pour ce projet par le Musée des Arts Premiers du Quai Branly à Paris. La tradition veut que les Waka soient plantés sur les tombes des chefs de clans Konso, ou des héros de la tribu, reconnus pour leurs actes de bravoure à la chasse ou à la guerre. "Les Waka sont faits de bois très résistants comme l’acacia, et peuvent durer 200 ans. Mais quand ils sont enlevés ou pourris, ils perdent leur valeur. S’il sont volés, alors l’esprit du mort s’en va. Il ne peut pas être replacé parce que les Konso croient que l’on ne meurt qu’une seule fois", explique Denote Kusia Shenkri, un notable Konso. Le musée est un vaste ensemble construit dans l’esprit de la culture Konso, connue pour ses murs de fortifications autour des villages, ses terrasses pour l’agriculture, et ses tukuls, maisons rondes au toit de chaume. "J’ai pensé qu’il fallait s’inspirer de toutes les traditions locales afin que les Konso s’attribuent le bâtiment, et participent à sa construction", explique Thierry Begat, l’architecte qui a conçu le musée dont la construction va prendre trois ans. Le budget total est de 120.000 euros, au deux tiers financés par la France, et le reste par les Konso. Coiffé d’un haut turban de coton bleu, Kala Gesagn Woldedawit, chef traditionnel des Konso, se félicite de la création de ce musée, d’autant qu’"il y aura moins en moins de Waka", explique-t-il : "Les Waka sont volés, et aussi il n’y a plus de héros, parce qu’il n’y a plus d’animaux sauvages ou d’ennemis à tuer". "Donc ce musée est important pour conserver nos vieilles traditions, ainsi les générations futures pourront voir les Waka et comprendre nos traditions". "Même si les Waka ne sont pas à leur place originale, ils peuvent avoir une forte signification symbolique, et ici ils sont bien préservés", se réjouit-il. Le secrétaire d’Etat éthiopien à la Culture, Mahamouda Gaas, souligne que "le musée n’est qu’un premier pas, notre objectif est que la culture Konso soit reconnue comme héritage mondial par l’Unesco".

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